À L’ÉTROIT D’ORMUZ

EU-UE_eurobole.comSale temps pour l’optimisme. Le 17 juin, la guerre USA-Iran était mise sur pause après 110 jours de combats grâce au Memorandum of Understanding, devant aboutir à la paix le 17 août. Le 5 juillet, sept membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole décidaient d’augmenter leurs quotas de production de pétrole de 188.000 barils par jour à partir d’août. Pourtant le 8 juillet, le président américain Donald Trump annulait le M.o.U. et la guerre reprenait. Beaucoup ont parlé de troisième guerre mondiale au sujet de la guerre russo-ukrainienne. Mais ce conflit impliquant deux adversaires post-soviétiques serait fini depuis longtemps sans les interférences extérieures. Par contre les prémices d’une possible troisième guerre mondiale sont à craindre avec la guerre USA-Iran. La régionalisation de cette confrontation prend des dimensions de plus en plus grandes, tels des cercles concentriques dont l’ampleur et le diamètre s’étendent au fur et à mesure. Frappé presque quotidiennement sur ses bases militaires et ses infrastructures civiles, l’Iran contre-attaque sur le même type de cibles chez les alliés des USA dans le Golfe persique. Israël, allié des USA, se bat avec le Hamas à Gaza et avec le Hezbollah au Liban, alliés de l’Iran. L’Irak est soumis à des bombardements des USA. La Jordanie est soumise à des bombardements de l’Iran. À Chypre, le 2 mars, un drone attribué au Hezbollah atteignait une base britannique. En mer caspienne, le 25 juillet, un drone ukrainien frappait un navire de marchandises iranien. En Égypte, le 29 juillet, une attaque de drones non revendiquée endommageait deux méthaniers dans le port de Damiette, proche du canal de Suez. Au Yémen, les rebelles Houthis, alliés de l’Iran, combattent l’armée saoudienne, alliée des USA, et menacent périodiquement d’empêcher la navigation dans le détroit de Bab el Mandeb. Suez, Bab el Mandeb, Ormuz: les trois points de passage qui entourent la péninsule arabique. La fermeture permanente d’un seul de ces points aurait des conséquences économiques dévastatrices. Tantôt fermé, tantôt entrouvert, le détroit d’Ormuz est le point d’orgue de ce conflit. Le tracé de routes maritimes imposées ainsi que le paiement d’un droit de passage pour les navires donneront, à l’un ou l’autre des belligérants, le contrôle d’Ormuz, soit 20% de la navigation commerciale mondiale. S’agissant des routes, un acheminement étroit mais sûr est indispensable dans ce détroit en partie miné, et où pétroliers et méthaniers risquent de subir des tirs provenant d’un camp ou de l’autre. S’agissant du droit de passage, la devise qui serait utilisée pour payer ce droit a une importance capitale. Pour les Américains il ne pourrait s’agir que du dollar, dans le contexte du pétrodollar représentant 80% du commerce mondial de pétrole. Pour les Iraniens il s’agirait du yuan, la monnaie chinoise pouvant servir d’alternative au pétrodollar. Les conséquences économiques de la guerre sont perceptibles: après une baisse sous les 80$ fin juin – début juillet, les prix du baril de pétrole sont remontés au-dessus de 90$ fin juillet, et à ce rythme ils pourraient dépasser les 120$ avant la fin de 2026; l’inflation des denrées alimentaires est enclenchée également, les crises énergétiques ayant un impact sur les biens de consommation essentiels; last but not least, la bulle de l’Intelligence Artificielle gonfle à mesure que son coût global augmente du fait de la guerre, et que des livraisons de composants électroniques sont retardées ou annulées: plusieurs sociétés liées à l’I.A. et surcotées en bourse ont vu en conséquence leur valeur chuter. Quant à l’Union Européenne, elle est aux premières loges d’un possible choc systémique à venir si l’un ou l’autre des détroits devait demeurer inaccessible.

«Quand tout va bien, l’optimisme est un luxe; quand tout va mal, c’est une nécessité.»

Henry de Jouvenel

La route des principales importations énergétiques de l’UE – soit la plus grande part de ses pétroles arabes mais aussi son gaz qatari, alternatif au gaz russe – passe par Ormuz, Bab el Mandeb et Suez.

L’ Europe: la partie du monde la plus exposée économiquement

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