LE PENTAGONE ENTRE THÉORIE DU FOU ET PRATIQUE DU COÛT

USA-UE_eurobole.comLe 1er août 2026, Donald Trump menaçait l’Iran de l’imminence du plus grand bombardement depuis la seconde guerre mondiale. Le lendemain le président américain annonçait y avoir renoncé, à la demande de ses alliés arabes et des Iraniens eux-mêmes. Le plus grand bombardement depuis la seconde guerre mondiale: l’allusion à l’arme absolue était suffisamment évocatrice, rappelant les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki en août 1945. Mais une menace cataclysmique non suivie d’effet évoque également la théorie du fou initiée en 1972 par Richard Nixon. Une théorie rendant possible une action qui passe pour impossible, l’acte émanant d’un dirigeant irrationnel. Ou feignant de l’être pour obtenir gain de cause. Si la rhétorique de Trump n’a pas abouti à la reddition de l’Iran, elle lui fait au moins gagner du temps. Car elle témoigne aussi d’une autre réalité: la diminution du stock d’armes de l’armée US. Celle-ci a consommé en six mois de guerre une grande partie de son armement défensif: missiles antimissiles Patriot et intercepteurs aériens Terminal High Altitude Area Defense. Depuis la guerre russo-ukrainienne, le différentiel entre un missile Patriot à 2 millions de dollars et un drone Shahed à 20.000 dollars est bien connu. Le ratio des milliers de Patriot utilisés contre des milliers de Shahed, sur le seul front ukrainien, a enclenché le déficit munitionnaire américain. Le front iranien a amplifié ce déficit dans des proportions alarmantes. Ce contexte expliquerait ce qui ressemble depuis peu à un lâchage progressif de Kiev, d’abord par Varsovie, puis par Berlin, ensuite peut-être par Washington. La priorité actuelle étant l’Iran et le détroit d’Ormuz, il s’agit de faire des choix. D’autant plus que le tableau économique s’assombrit. Le 18 août, la dette publique américaine dépassait 40,05 billions de dollars, un billion s’étant ajouté à ce total au rythme record de cinq mois. Soit depuis le mois de mars et la guerre d’Iran. Un billion de dollars, c’est aussi le montant des seuls intérêts de la dette par an, montant que Washington est tenu de payer à ses créanciers, Chinois en priorité, dans un cercle vicieux d’augmentation permanente de l’endettement. Claironnée en août, la transition d’une guerre aérienne à une guerre économique ne doit pas faire illusion. Les États-Unis ont déclaré renforcer leurs sanctions contre l’Iran. L’Iran est déjà sous sanctions occidentales depuis des décennies. Qu’est-ce qui reste à sanctionner? Les pays et entités non-occidentaux commerçant avec l’Iran. Impossible. Mais en supposant que ce soit possible, qu’est-ce qui resterait comme sanction suivante? Elon Musk sanctionnerait-il les Martiens qui iraient investir à Téhéran? L’écran de fumée des sanctions sert encore une fois à gagner du temps pour préparer la suite de la guerre. Il est urgent pour les États-Unis de mettre à jour leur financement militaire en adaptant leurs dépenses aux solutions low cost de leurs adversaires. D’où la note du 5 août adressée par Steve Feinberg aux grands industriels du secteur de la défense. Dans sa note, le secrétaire adjoint à la Défense demande un changement dans la production des armes. Le but est triple: reconstituer le stock de munitions, rendre l’armement plus polyvalent face à un armement adverse moins cher, diminuer les surcoûts récurrents des contrats passés avec nombre d’industriels. Le changement voulu par le Pentagone doit être effectif dans un délai de quelques mois, pas de quelques années. Mais la tâche est d’autant plus compliquée qu’un projet de loi sur l’augmentation des dépenses militaires est actuellement bloqué au Congrès. La majorité des législateurs s’oppose à la demande trumpienne d’augmenter le budget annuel du Pentagone de 900 milliards de dollars à 1,5 billion de dollars. Pour autant, même avec une pareille augmentation, il faudrait compter trois ans pour ramener le stock des seuls Patriot et THAAD aux niveaux d’avant-guerre. Et de surcroît, selon les sondages US, les prochaines midterms, les élections de mi-mandat le 3 novembre, s’annoncent défavorables au parti républicain.

“The momentum of Asia’s economic development is already generating massive pressures for the exploration and exploitation of new sources of energy and the Central Asian region and the Caspian Sea basin are known to contain reserves of natural gas and oil that dwarf those of Kuwait, the Gulf of Mexico, or the North Sea.”

Zbigniew Brzezinski, The Grand Chessboard – American Primacy And Its Geostrategic Imperatives

«La dynamique du développement économique de l’Asie engendre déjà des pressions massives pour l’exploration et l’exploitation de nouvelles sources d’énergie et la région de l’Asie centrale et le bassin de la mer Caspienne sont connus pour contenir des réserves de gaz naturel et de pétrole qui nanifient celles du Koweït, du golfe du Mexique, ou de la mer du Nord.»

Zbigniew Brzezinski, Le Grand Échiquier – L’Amérique et le reste du monde

Les prochaines midterms seront historiques: elles composeront le 120ème Congrès en l’année des 250 ans des USA. Elles pourraient aussi rendre la tâche de Donald Trump de plus en plus ardue.

Roquer le Roi et le Fou:
une nouvelle règle sur le Grand Échiquier?

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